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Guest Post Juliette Thibaud-Rebaud: La question de l’avenir de la démocratie hongkongaise continue de se poser à l’occasion du treizième anniversaire de la rétrocession

Hong Kong, 1er Juillet 2010,

Ce premier juillet marque le treizième anniversaire du retour de Hong Kong dans le giron chinois. De façon encore plus marquée que les autres années peut-être, cet anniversaire est ponctué par le débat qui fait rage sur l’avenir du régime politique hongkongais.

Le premier juillet 1997, Hong Kong devint une Région Administrative Spéciale de la République Populaire de Chine, conservant son système économique capitaliste et protégeant les libertés fondamentales des citoyens hongkongais. La Loi Fondamentale de Hong Kong, reprenant les principes définis dans la Déclaration Conjointe Sino-Britannique de 1984, met en place le principe d’  « un pays, deux systèmes », octroie au territoire un haut degré d’autonomie dans la gestion de ses affaires intérieures à l’exception de sa politique étrangère et de défense et garantie l'inviolabilité des libertés fondamentales des Hongkongais. De façon importante pour le sujet qui nous intéresse, la Loi Fondamentale précise notamment que l’ « objectif final» est d’atteindre la sélection du Chef de l’Exécutif et l’élection de tous les membres du Conseil Législatif au suffrage universel « en accord avec les principes de progrès graduel et ordonné ».

Si la Loi Fondamentale prévoit donc l’élection éventuelle des représentants du peuple hong kongais au suffrage universel, elle ne précise pas le calendrier selon lequel cette évolution doit prendre place. En 2007, après avoir par deux fois repoussé l’introduction de suffrage universel à Hong Kong, Beijing a pour la première fois annoncé des dates précises: 2017 pour l’élection du Chef de l’Exécutif, 2020 pour celle de tous les membres du Conseil Législatif.

Actuellement, la moitié des 60 membres Conseil Législatif (« Legco ») est élue par vote populaire sur la base de « circonscriptions géographiques ». L’autre moitié est élue sur la base de « circonscriptions fonctionnelles » représentant les différents secteurs de l’économie (Agriculture, Transports, Immobilier, Tourisme, Commerce, Finance, etc…). Le Chef de l’Exécutif, quant à lui, est élu par un comité électoral de 800 personnes, dont 664 des membres sont nommés parmi les représentants des secteurs de l’économie sur la base des circonscriptions fonctionnelles, 40 parmi les organisations religieuses et 96 parmi les membres du gouvernement.

En juin, le conseil législatif a adopté une réforme, soutenue par Beijing, qui prévoit l’ajout de dix sièges élus au suffrage populaire de plus en 2012 et l’augmentation du nombre de membres du comité élisant le Chef de l’Exécutif à 1200. Cette réforme, introduisant des progrès limités vers la démocratie a divisé le camp pro-démocrate, une partie offrant son support à cette évolution, l’autre refusant d’accepter un compromis qui n’est pas à la hauteur de leur objectif de démocratie complète.

Est-il nécessaire d’énoncer l’évident? Ce système manque de représentativité et n’accorde pas le même poids aux voix des citoyens hong kongais: l’électorat des circonscriptions fonctionnelles étant bien inférieur à celui des conscriptions géographiques, il suffit parfois de quelques centaine de voix pour élire un membre du Legco dans les circonscriptions fonctionnelles. De plus, avec ce mode d’élection, les électeurs ayant le plus d’influence ne sont pas des individuels mais des grandes compagnies.

Le système actuel favorise donc indiscutablement les intérêts financiers et commerciaux, au détriment d’autres questions qui sont pourtant tout aussi indispensables au bien-vivre ensemble de la communauté. Certaines politiques récentes ont parfaitement illustré l’impact que ce système produisait sur la vie quotidienne des habitants de Hong Kong. Ainsi, certains défenseurs de l’environnement ont fait le lien entre le système politique du pays et le manque de progrès en matière de réformes environnementales pourtant indispensables à Hong Kong, certains secteurs de l’économie tirant bénéfice de régulations lâches en la matière.

Alors que la crise économique continue d’inquiéter, le projet de consacrer 67 milliards de Hong Kong dollars (environ 6.7 milliards d’euros), soit presque 1000 euros par habitant, à la construction d’une ligne de train à grande vitesse jusqu’à Canton, vu par les élites économiques et le gouvernement comme un moyen de profiter de la vitalité de l’économie chinoise qui pourrait favoriser le tourisme et le commerce dans le territoire, a suscité un tollé général.

Si, auparavant, la vigueur de l’économie, la stabilité de la société et le respect des libertés fondamentales avaient conduit une majorité de la population à se contenter du système actuel et à ajuster ses attentes, il semblerait qu’un changement, reflétant une politisation croissante de la population, se mette en place. Bien qu’il ne soit pas forcément reflété dans les sondages d’opinion, le nombre croissant de manifestations ou d’expressions de mécontentement auxquelles prennent part de plus en plus de participants en est un signe. Le 4 juin 2009, le vingtième anniversaire des événements de TianAnMen avait rassemblé 150 000 personnes pour une veillée aux chandelles à Victoria Park. Cette année, après une décision du gouvernement de se saisir d’une statue symbolisant la ‘Déesse de la démocratie’ et de déporter son sculpteur, ce fut 113 000 personnes qui se réunirent à cette occasion. En outre, selon certains observateurs, si traditionnellement les manifestations hongkongaises se font dans l’ordre et le calme, des tensions seraient apparues pendant les manifestations de ces dernières semaines entre les manifestants et les forces de l’ordre, conduisant à l’arrestation de plusieurs manifestants suspectés d’avoir agressé des policiers, signe de la frustration grandissante des activistes hongkongais.

En ce premier juillet 2010, il reste donc difficile de se prononcer sur l’évolution du système politique hongkongais. Un récent sondage a montré qu’une majorité des Hongkongais ne pensaient pas que Beijing allait tenir sa promesse de leur ‘accorder’ le suffrage universel en 2017 et 2020.

Pourtant quel signe de bonne volonté si cette promesse devait se concrétiser…Notamment si l’on se rappelle que la Chine souhaiterait appliquer le principe de « un pays, deux systèmes » à Taïwan, perspective qui a été accueillie avec beaucoup de réserve de l’autre côté du détroit où l’évolution politique de Hong Kong n’est pas vue comme rassurante..

Juliette Thibaud-Rebaud


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